
En
voici un, bien d'actualité.
Le
personnel médical qui travaille dans les hôpitaux
comprendra bien sa signification.
Nous
sommes dans une ère du bureaucrates. La paperasserie
d'abord . . . les comités,
les réunions de chefs de service dans de beaux grands
bureaux bien confortables, les analyses de situations à
n'en plus finir. . . mais jamais ou presque de consultations
avec ceux et celles qui sont sur la ligne de feu.
Et
pourtant ce sont eux les responsables des soins de santé
qui font que malgré tout, la population se sent en
sécurité et c'est à cause d'eux que les
sondages démontrent un grand taux de satisfaction chez
les usagers.
Je
vous propose ici un article écrit dans "La Presse"
par un lecteur qui a bien compris la question et qui nous
la livre sous forme de conte.

La
faute du médecin.
Un
jour, après avoir écouté une déclaration
du ministre de la Santé qui affirmait que c'est au
Québec qu'on offre les meilleurs services de santé
au monde, le ministre de la Santé du Zingaloo lança
un défi à son homologue du Québec. Il
s'agissait de savoir lequel des deux systèmes de santé
réussirait le mieux à répondre aux besoins
d'urgence dans un hôpital éloigné du Québec.
L'équipe
du Zingaloo, petit pays d'Afrique perdu dans la jungle, s'amène
donc : quatre médecins
de brousse et deux infirmières. L'équipe du
Québec arrive: un médecin, deux chefs de service,
un directeur des services professionnels, un représentant
de la régie régionale et un sous-ministre adjoint.
À
10h, l'équipe du Québec a déjà
deux heures de retard sur celle du Zingaloo. Qu'à cela
ne tienne, le ministre de la Santé du Québec
ajoute un autre chef de service (il faut stimuler et encourager
le médecin).
À
13h, le Québec doit concéder quatre heures de
retard; il faut faire quelque chose. On fait donc appel au
directeur de la Régie régionale qui déclare
qu'il faut motiver le médecin.
À
15h, le Québec en est rendu à six heures de
retard; il faut faire quelque chose. On fait donc appel au
sous-ministre qui conclut qu'il faut sermonner le médecin.
À
la fin de la journée, l'équipe du Québec
a plus de huit heures d'attente, le quotidien habituel.
Que
s'est-t-il passé?
Il
faut savoir!
Le
ministre engage donc une firme externe d'experts pour se faire
expliquer les causes de la défaite.
Après
avoir englouti plusieurs centaines de milliers de dollars
pour réaliser une étude s'étendant sur
plusieurs mois, la solution est évidente : l'organisation
du travail a flanché, la productivité n'est
pas bonne, les communications entre cadres et employés
sont mauvaises.
À
la suite des recommandations de la firme externe, un comité
de gestionnaires est formé et siège pendant
des mois pour étudier ces recommandations.
Fort
du rapport du comité de gestionnaires basé sur
les résultats des consultations externes, le ministre
tranche et licencie le médecin.
Gregory
McKenna, La Presse