La
morale et la Médecine.
Aussi
incroyable que cela puisse paraître, on enseignait, il
n'y a pas si longtemps, dans nos bons hôpitaux catholiques,
une morale inhumaine, machiste, je dirais presque "immorale"
dans certains cas. Après la lecture du "Précis
de Morale Médicale pour infirmières, médecins
et prêtres", par Stanislas Larochelle O.M.I. et Dr
T. Fink édité en 1951 aux Éditions Beauchemin
de Montréal, je vous livre quelques extraits de cette
morale qu'on enseignait aux médecins et aux infirmières.
"Code
moral de nos hôpitaux"
Code
moral de l'Àssociation catholique des hôpitaux
des États-Unis et du Canada, conférence de Québec,
section de Montréal. Approuvé par Son Éminence
le Cardinal Villeneuve, O.M.I., archevêque de Québec
("L'Action Catholique", 16 juillet 1936), et par Son
Excellence Monseigneur Gauthier, archevêque-coadjuteur
de Montréal ("Le Devoir", 15 juin 1936)
Engagement
solennel
Soucieux
de nos responsabilités envers les patients que la divine
Providence nous confie, nous, soussignés, président
du bureau d'administration, président du bureau médical,
supérieure des religieuses, directrice du personnel de
l'hôpital........................... entendons procurer,
selon les directives de la morale catholique, le bien intégral,
corporel, moral et spirituel de nos malades.
En
conséquence, nous proclamons comme obligatoire pour tout
le personnel de l'hôpital et pour tout médecin
ou chirurgien qui exerce sa profession dans l'hôpital
le code moral suivant :
A
propos de la contraception :
Les
pratiques anticonceptionnelles sont contre la nature physique
de l'homme, sa santé et sa vie. L'homme se brutalise
et s'amoindrit. La femme dégénère et passe
de la nervosité aux névroses, alors qu'on lui
avait assuré qu'elle serait moins souvent malade et plus
forte. Les nerveuses de cette sorte sont plus délabrées
et déséquilibrées que les mères
raisonnables qui eurent de nombreux enfants.
A
propos du viol :
Des
moralistes disent que la personne violée ne peut pas
alors rejeter la semence, car l'injuste agression n'existe plus
et c'est la nature pacifique qui joue maintenant son rôle.
A
propos de la vie foetale:
Si
on pense le droit à la vie chez la mère supérieur
à celui de l'enfant à naître, on se trompe.
Au point de vue social, la mère est souvent loin d'avoir
une plus grande valeur que celle de l'enfant.
A
propos de grossesse ectopique :
Si
certains moralistes disent que le sac foetal peut être
enlevé à cause du grave danger que court la mère,
d'autres défendent d'intervenir avant la rupture de la
trompe . . .
A
propos de la vasectomie :
Elle
est défendue à moins qu'il n'y ait à cela
absolue nécessité, comme dans un cas de gangrène
ou de tuberculose des testicules. . . Un homme marié
qui subit cette opération a encore droit à l'usage
du mariage.
A
propos de la stérilisation punitive des criminels :
Tel
État a le droit parfois d'appliquer la peine capitale
pour tel individu coupable mais si on considère la vie
humaine de l'espèce, il semble plus grave encore à
certains auteurs, de stériliser que de tuer un membre
de la société.
A
propos de prolongation de la vie chez les mourants :
Il
est évident que des infirmières feraient bien
mieux parfois de laisser mourir les gens, au lieu de les énerver
au suprême et de les prolonger indéfiniment tout
en les tenant dans l'impatience et le découragement.
A
propos des calmants :
Sans
motif suffisant, il y a péché à prendre
des calmants car ils peuvent priver de l'usage de la raison
. . .
Il
faut essayer de préparer le mourant au repentir avant
de trop l'engourdir. L'infirmière doit y voir parfois
et s'opposer même à des calmants trop forts . .
.
A
propos de l'accouchement :
Depuis
la chute originelle et à cause d'elle, la femme doit
enfanter dans la douleur. En conséquence, on conseille
de préférence, en théorie générale,
de ne pas donner d'anesthésie, le plus souvent dans la
période de dilatation . . .
A
propos des médicaments :
Il
faut en justice employer d'abord les remèdes les moins
coûteux s'ils sont aussi efficaces, les plus certains,
les plus rapides et donc les meilleurs. Mais comme des malades
souvent jugent de l'efficacité d'un remède par
son prix, on peut en ce cas charger plus pour inspirer confiance
et baisser les prix par ailleurs.
.
. . un remède inutile pour la maladie, peut parfois être
utile au malade pour l'encourager, lui inspirer confiance.
A
propos du baptême :
Le
concile plénier de Québec en 1909, blâme
les parents qui laissent passer trois jours ou même une
semaine avant de faire baptiser leurs nouveau-nés.
Si
la mort du bébé est imminente, on doit baptiser
même contre la volonté des parents.
C'est
un grave devoir de sauver une âme par le baptême
en cas de danger, malgré le bonheur relatif des limbes.
Les élus qui iront au ciel grâce aux médecins
et aux infirmières leur seront éternellement des
protecteurs reconnaissants et dévoués. Le baptême
intra-utérin est l'affaire du médecin, s'il s'agit
d'une femme vivante.
Lorsque
la patiente est défunte mais le foetus vivant et que
la césarienne est impossible, des auteurs parlent d'un
baptême abdominal qui consiste à introduire une
aiguille et une seringue en même temps, de nature à
extraire un peu
de liquide amniotique et à verser à la place,
de l'eau baptismale.
Si
un enfant a été baptisé malgré ses
parents ou sans leur consentement, l'Église a le droit
et le devoir de le séparer de ses parents, en autant
que cela est possible, pour le faire élever catholique.
Ce fut le cas du juif Mortara sous Pie IX.
A
propos de la confession :
Il
ne faut jamais refuser un confesseur à un malade et cela
même au risque de faire attendre d'autres personnes, par
exemple des chirurgiens prêts à lui faire subir
une opération grave. En 1500, le pape saint Pie V enjoignait
aux médecins de refuser leurs soins à tout malade
qui après trois visites ne s'était pas confessé.
C'est une ordonnance qui est tombée maintenant en désuétude
mais que l'on devrait se rappeler comme détail historique.
A
propos des vertus de l'infirmière:
Le
dévouement au médecin, surtout dans le sens de
l'obéissance, est chose de première importance
pour l'infirmière. Elle doit suivre les directives du
médecin, le renseigner complètement sur l'état
du malade, rester dans les limites de son rôle d'assistante,
avoir confiance dans l'art médical et dans le médecin
traitant . . . Même malgré les apparence, le médecin
est sensé avoir raison généralement et
l'infirmière ne pourra pas prendre des initiavives importantes
que dans un cas d'urgence, si le médecin ne peut pas
être atteint ou bien s'il s'agit de quelque chose qui
ne relève pas de la prudence ordinaire.

Conclusion
personnelle :
Alors,
les infirmière, que pensez-vous de ça ? ? ?
La
lecture de cette morale est à nous faire dresser les
cheveux sur la tête. Heureusement, les mentalités
ont évolué mais il nous reste encore beaucoup
de chemin à parcourir. N'est-ce pas ?