Les hôpitaux : une horreur !

 

Vers la fin du XIXe siècle, quand un malade s'affaiblissait, on entourait son lit d'une sorte de baldaquin de toile blanche destiné à le dissimuler à la vue des voisins, et qui préfigurait pour toute la salle, et pour le malade lui-même, un genre de catafalque.

Aussi, quand s'imposait la nécessité d'une intervention, les gens qui en avaient les moyens se faisaient-ils opérer à domicile. Ces opérations continuèrent à être pratiquées jusque vers 1920. L'intervention se déroulait généralement sur la table de la salle à manger, ou encore sur le billard, d'où sans doute l'expression "passer sur le billard" ! Les gens riches faisaient venir d'une maison spécialisée des toiles blanches que l'on tendait sur les murs et les planchers. On finit par louer de véritables tentes opératoires que l'on dressait au milieu de la pièce et qui contenaient tout le matériel nécessaire au travail du chirurgien.

On imagine l'émotion des familles, celle de tout l'immeuble, et même des gens du quartier, informés de l'événement par le fait qu'avec l'autorisation de la Préfecture de police, on étendait une épaisse couche de paille devant la maison de l'opéré pour étouffer le roulement des voitures sur le pavé.

Pour anesthésier le patient, on se servait du fameux "masque d'Ombredanne", ainsi nommé à cause du médecin qui l'avait inventé. Ce masque recouvrant la bouche et le nez, comportait un entonnoir bourré de coton dans lequel on versait de l'éther. Le chloroforme avait aussi ses adeptes.

Si l'anesthésie existait, la profession d'anesthésiste n'existait pas encore; n'importe qui, infirmière ou jeune interne (ou même un membre de la famille en cas d'opération à domicile), pouvait la pratiquer. Cela valait mieux que de se faire couper une jambe comme cinquante ans auparavant, sans anesthésie du tout . . .

Les accouchements, comme les opérations, se passaient "à la maison". Être enceinte en 1900 n'était d'ailleurs pas une sinécure : les femmes devaient éviter d'aller en voiture, de faire de la bicyclette, de se baigner, d'avoir des émotions . . . Il s'agissait bien entendu des femmes de la "bonne société", les autres n'ayant guère le temps de se dorloter.

Le meilleur hommage que l'on puisse rendre aux médecins de cette époque, est de parler de leur caractère social. Pour la plupart, ils ne réussissaient pas à faire fortune, malgré un travail le plus souvent harassant. Et les malades, malgré les résultats souvent décevants de la thérapeutique, étaient reconnaissants des soins qui leur étaient prodigués avec tant de dévouement par celui qui pour eux, était plus qu'un ami : leur "médecin de famille".

 

Extrait de "Médecins à la Belle Époque" de Claude Pasteur

 

 

 

 

 

 

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